Entre la victoire sur Napoléon et la Révolution d'octobre, les penseurs russes tentent à maintes reprises de définir l'identité de la nation ou du peuple russe. Cette question agite aussi bien ceux qui s'efforcent de définir l'idéologie officielle (de Sergej Uvarov à Konstantin Pobedonoscev) que les membres de cercles plus ou moins dissidents (de Nikolaj Stankevič et Aleksej Xomjakov à Vladimir Solov'ev et Nikolaj Trubeckoj, en passant par Aleksandr Herzen, Mixail Bakunin ou Nikolaj Danilevskij) ou les écri vains et artistes, comme Tolstoj, Dostoevskij, Musorgskij, Repin. Deux publications peuvent être retenues comme des bornes marquant cet itinéraire. La parution du premier tome de l'Histoire de l'État russe (Istorija gosudarstva Rossijskogo) de Nikolaj Karamzin en 1816 et celle d'Exode vers l'Orient (Isxod k Vostoku) en 1921 à Sofia par Nikolaj Trubeckoj, Petr Savickij et G. Florovskij. Le premier ouvrage, pierre fondatrice de l'historiographie nationale, est aussi résolument tourné vers l'Occident. Le second, comme son titre l'indique, regarde vers l'Est

Entre la victoire sur Napoléon et la Révolution d'octobre, les penseurs russes tentent à maintes reprises de définir l'identité de la nation ou du peuple russe. Cette question agite aussi bien ceux qui s'efforcent de définir l'idéologie officielle (de Sergej Uvarov à Konstantin Pobedonoscev) que les membres de cercles plus ou moins dissidents (de Nikolaj Stankevič et Aleksej Xomjakov à Vladimir Solov'ev et Nikolaj Trubeckoj, en passant par Aleksandr Herzen, Mixail Bakunin ou Nikolaj Danilevskij) ou les écrivains et artistes, comme Tolstoj, Dostoevskij, Musorgskij, Repin. Deux publications peuvent être retenues comme des bornes marquant cet itinéraire. La parution du premier tome de l'Histoire de l'État russe (Istorija gosudarstva Rossijskogo) de Nikolaj Karamzin en 1816 et celle d'Exode vers l'Orient (Isxod k Vostoku) en 1921 à Sofia par Nikolaj Trubeckoj, Petr Savickij et G. Florovskij. Le premier ouvrage, pierre fondatrice de l'historiographie nationale, est aussi résolument tourné vers l'Occident. Le second, comme son titre l'indique, regarde vers l'Est.
On s'attachera à bien connaître l'émergence et les développements ultérieurs des trois courants majeurs : occidentaliste, slavophile et eurasien, sans négliger pour autant les parcours intermédiaires et les constructions atypiques. La dimension religieuse de cette quête ne sera pas oubliée : elle est tantôt oecuménique, tantôt séduite par Rome, tantôt tournée vers les valeurs propres de l'orthodoxie, tantôt se détournant du christianisme pour chercher ailleurs des racines.
L'attention sera portée à la terminologie, en particulier en ce qui concerne la notion de narod (peuple et nation, peuple ou nation) et les usages variables dans le discours de rossijskij (identité russe impériale, ou inclusive) ou russkij (identité russe ethnique, exclusive, ou identité confessionnelle, synonyme d'orthodoxe).

Le sujet abordera les réalités historiques de l'expansion russe (chronologie, modalités) et posera la question du caractère colonial ou non de l'Empire des tsars. La comparaison/confrontation avec les empires orientaux: Empire ottoman, Perse, Chine et Japon sera envisagée. Les aspects religieux seront aussi pris en considération: relations avec les peuples musulmans, bouddhistes, animistes, missions orthodoxes. Les aspects littéraires et artistiques de la rencontre avec l'Asie, du Caucase à l'Extrême Orient, complèteront ce panorama.

L'impact de réformes de Pierre le Grand sur la société russe sera envisagé, tant au 18e siècle (avec en particulier la nouvelle loi de succession) qu'au 19e, ou les fondements du fonctionnement de la monarchie continuent d'être petroviens. Le second axe du sujet est la réception culturelle de ces réformes au cours de deux siècles qui suivent leur promulgation et leur place dans le débat sur l'identité russe.

Le cours fait partie du programme de l'agrégation 2014-2015